Article paru dans PME Magazine, Décembre 2002
par Bruno Savoyat
"Halte à la non-décision".
Entreprises
et collaborateurs ne se rendent pas toujours compte de l'invraisemblable gâchis de temps et d'énergie que représentent la non-décision et le report
de la décision à plus tard. C'est un véritable fléau. Commençons par une
petite galerie des handicapés de la décision.
Isabelle
veut garder toutes les pistes ouvertes et a l'impression de se limiter en décidant.
Elle voit la décision comme une limitation de son futur. Ceci la contraint
soit à reporter au plus tard possible sa décision, soit à manquer de belles
occasions. Il est vrai que décider est toujours lié à faire le deuil de
certaines options pour en privilégier d'autres.
David
a carte blanche de la part de son supérieur pour décider dans un périmètre
clairement défini entre eux. Cependant pour David cette responsabilité est
pesante. Dès qu'il y a situation inédite il est comme paralysé, il a peur
d'assumer la responsabilité, il veut maîtriser tous les paramètres pour se
rassurer et être sûr de prendre la bonne décision. L'accumulation d'options
et son incapacité à les hiérarchiser le stressent et le poussent à
toujours reporter le moment ultime.
Marc
n'aime pas décider sauf dans l'urgence. Quand il aurait le temps d'anticiper
et de préparer ses décisions ou de déjà choisir ses options et planifier,
il reporte. Naturellement, il paiera plus tard son insouciance; c'est dans la
précipitation qu'il doit décider à un moment où un certain nombre
d'options avantageuses se ferment à lui car des ressources ne sont plus
disponibles.
Corinne
est joyeuse et dynamique. Elle prend ses décisions rapidement. Son système
de décision est basé sur l'émotionnel, elle décide en fonction de ce
qu'elle aime et rejette ce qu'elle n'aime pas.
Certains décideurs limitent leur puissance à décider à cause d'un profil "sens unique". Il y a les décideurs à tendance conformiste (qui ont pour principe intérieur simple de décider comme telle personne : parent, patron, la majorité…) et ceux à tendance plutôt rebelle (qui décident à l'opposé de leur référence).
Il y a ceux qui adorent comparer et choisiront parce que c'est plus que … ou moins que… Il y a le fan club des superlatifs qui choisiront parce que c'est le plus quelque chose ou c'est le moins autre chose.
Il y a les fous du risque et les conservateurs de la sécurité maximale. Il y a les fatalistes (qui remettent leur décision dans les mains du destin), les complaisants (qui préfèrent suivre la décision des autres), les impulsifs (qui décident avant de penser), etc. Mieux se connaître permet de prendre de meilleures décisions.
Conseils pratiques pour accélérer votre système de décision et avoir des décisions plus sûres.
Décider
avec aisance, c'est avoir une tête bien organisée, un objectif clair, un
système de valeurs clair, des critères hiérarchisés.
La première clé est élémentaire, mais il est bon de la rappeler, le piège est tellement fréquent!. Tout d'abord, il vous faut identifier si vous devez ou non prendre une décision dans le cas qui se présente à vous.
Ayez à l'esprit que bien souvent c'est votre interlocuteur lui-même qui vous demande de décider à sa place; vous n'avez pas à vous substituer à sa responsabilité, aidez-le donc à prendre sa propre décision et vous lui rendrez un meilleur service.
Dans
certains cas, vous pouvez être sollicité alors que le décideur devrait être
une autre personne dont c'est le rôle, ayez la clairvoyance d'esprit de
savoir rapidement vous positionner.
La seconde clé est un processus permanent de mise au clair de vos valeurs
personnelles ou d'entreprises ainsi que de la hiérarchie de vos critères de
choix dans les rôles qui sont les vôtres. Votre système personnel de décision
en sera grandement simplifié car vos références internes seront constamment
prêtes pour baliser le cheminement de la décision. Celui qui doit
constamment tout réexaminer et réinventer a un système épuisant de décision.
La troisième clé est de vous entraîner à mieux maîtriser quelques méthodologies
simples de prise de décision pour vous sentir en confiance au bon moment,
pour faire des choix plus sûrs et plus rapides. En voici quelques-unes:
La quatrième clé consiste à décider tout de suite en toute situation.
Deux cas de figure à distinguer. Premier cas: vous avez tous les éléments,
alors décidez tout de suite et agissez pour que cette décision donne les
meilleurs résultats. Second cas: vous êtes dans l'incapacité de décider
car des éléments importants vous manquent, alors décidez des étapes à
franchir pour pouvoir construire votre décision, planifiez, puis respectez
votre plan; votre décision est alors en marche.
Cinquième clé. Après toute décision nouvelle, cherchez à apprendre de
votre décision, ainsi les prochaines fois qu'une telle situation se présentera
vous saurez l'appréhender plus rapidement, plus sûrement et en ayant profité
des expériences précédentes.
Pour
vous entraîner à décider. Lors de chaque sollicitation, prenez tout de
suite une décision claire sur ce que vous allez faire et sur les suivis à
donner, enregistrez-les et suivez jusqu'au bout. Pensez à communiquer votre décision
si d'autres sont concernés. Rapidement vous constaterez une nette amélioration
de votre système de prise de décision.
Une
partie du rôle d'un manager est de résoudre des problèmes, de prendre des décisions
importantes ou non, d'accompagner le processus de décision de son équipe, de
ses partenaires ou de ses collègues. Le manager doit devenir un spécialiste
de l'art de la décision.
Pour
aller plus loin dans votre capacité à décider
Pour
en savoir plus sur l'art de gâcher sa vie en ne décidant pas et sur l'art
d'atteindre ses objectifs en maîtrisant la prise de décision, rendez-vous
à la page web www.fr.ibt-pep.com/decision.htm . Vous y trouverez la présentation
de plusieurs méthodes facilitant la prise de décision, elles vous aideront
développer votre maîtrise. Des tableaux sont joints.
DECIDEZ IMMEDIATEMENT
80% des décisions peuvent être prises immédiatement; l'intéressé a la connaissance et l'expérience pour décider.
Dans 10% des cas, il est préférable de prendre son temps pour mûrir la décision.
Et les 10% autres concernent des demandes de décision qui ont suivi un mauvais cheminement et qui devraient être retournées au solliciteur ou transférées vers le bon décideur.
Portrait
du bon décideur
A
un bon sens des priorités et voit large
Est
autonome dans sa manière de réfléchir
Evite
les préjugés
A
le sens de la mesure et du réalisme
Evite
les solutions plombées d'avance
Accepte
de prendre des risques mesurés
Sait
comprendre et prendre en compte les besoins ou impératifs des autres et
les inclure dans sa solution
Sait
créer une adhésion à sa décision
Est
clair dans sa communication
Se
donne les moyens de la bonne exécution de la décision jusqu'au succès
Sait
donner des aménagements à sa décision si les événements demandent
une adaptation
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