Article paru dans "Les Affaires"
Quotidien québécois
Samedi 3 juillet 2004
par Trudel, Jean-Sébastien
Partez
en vacances l'esprit tranquille
Pour décrocher complètement, il suffit de bien se préparer
Pendu à son cellulaire, Marco (nom fictif) enchaîne les appels alors qu'il se rend au travail en transport en commun. Sans porter attention aux passagers qu'il côtoie, il lance d'une voix forte : "Le contrat ne pourra pas se signer avant mes vacances." Puis, sans hésiter, il ajoute : "Je les prends en France. Je pourrai arranger un appel conférence de mon hôtel pour régler les détails... On s'en reparle, j'ai une autre ligne !"
"Décroche !" a envie de lui dire
Ann Searles, présidente d'IBT Canada, une firme spécialisée dans la gestion du temps. "Les vacances sont faites pour se reposer. Si un président s'implique dans la gestion quotidienne de son entreprise au point où il n'est plus capable de s'absenter un minimum de deux semaines, il y a un problème."Mme Searles rappelle que le rôle de la haute direction consiste à diriger la destinée de l'entreprise, à moyen et long terme.
Pourtant, à en croire les statistiques, prendre des vacances n'est pas de tout repos. En effet, plus de 80 % des gestionnaires avouent entrer en contact avec leur bureau pendant leur vacances.
Jean-Pierre Brun, professeur en relations industrielles de l'Université Laval, est de ceux-là : "J'appelle au moins une fois par semaine au bureau afin de m'assurer qu'il n'y a pas de problème. Ça m'enlève des soucis et me permet de profiter davantage de mes vacances. Et ça m'évite d'avoir une pile de dossiers qui m'attend au retour."
Par contre, M. Brun planifie son départ plusieurs semaines à l'avance. Il rappelle régulièrement à ses collègues qu'il est sur le point de partir pour éviter un dossier urgent à la dernière minute. Malgré cela, il se réserve deux journées avant son départ, sans réunion, durant lesquelles il peut mettre de l'ordre dans ses affaires et répondre aux dernières urgences. Son emploi du temps prévoit également deux journées libres à son retour afin de se remettre à jour.
C'est ce que Ann Searles appelle la technique du sandwich. "Le meilleur moyen pour que le téléphone sonne le premier matin de vos vacances est de ne pas prévoir de journées tampon", prévient-elle.
Quelques conseils
Se préparer signifie bien plus que des journées sans réunion. Mme Searles offre quelques recommandations pour partir en vacances l'esprit tranquille.
1.- Changez vos messages. Un mois avant vos vacances, ajoutez une note à votre signature de courriel ou sur votre répondeur indiquant votre période d'absence. Vos contacts seront mieux préparés et il leur sera plus difficile de vous demander de régler un dossier à la dernière minute.
Durant vos vacances, les messages d'absence sont indispensables dans votre boîte vocale et votre courriel. La fonction réponse automatique de votre courriel peut cependant être risquée si vous recevez beaucoup de pourriels. Dans ce cas, Mme Searles suggère de déléguer la tâche de répondre à vos courriels à un collègue, auquel vous rendrez le même service durant ses vacances.
2.- Planifiez vos vacances avec la même énergie que votre travail. "Les dirigeants sont des gens fiers. Ils ont du coeur à l'ouvrage. C'est pourquoi ils ont aussi tendance à s'oublier un peu au profit de leur entreprise. Le pire patron que l'on a, c'est nous", rappelle Mme Searles. Réservez vos vacances longtemps à l'avance dans votre agenda. Bloquez vos vacances de Noël maintenant, quitte à faire des compromis le moment venu.
3.- Oubliez les gadgets. Ordinateur portable, cellulaire, agenda électronique, téléavertisseur et autres gadgets technologiques ont aussi besoin de repos. S'ils vous suivent en vacances, la tentation sera grande de mettre de l'ordre dans certains dossiers et de vérifier votre boîte vocale.
4.- Destination nowhere. Pour être sûr de ne pas être dérangée cette année, Manon Dusseault, conseillère à la Banque Royale, se réfugie à l'île d'Anticosti. "Quand je reste à la maison, je suis portée à garder le contact avec mes clients", dit-elle. Par ailleurs, pour s'assurer qu'ils reçoivent un bon service malgré son absence, une collègue de Mme Dusseault prend la relève.
Mme Searles soutient que de partir dans un endroit difficilement accessible, quand c'est possible, est une bonne solution pour vraiment décrocher. Mieux, ne donnez vos coordonnées qu'à une seule personne de confiance, qui pourra vous joindre le cas échéant uniquement en cas d'urgence.
Un moteur de santé
Prendre des vacances est difficile pour les gestionnaires. Selon Jean-Pierre Brun, qui étudie les causes de l'augmentation du stress au travail, il est essentiel de prendre des vacances, de se changer l'esprit.
"On demande aux dirigeants d'être compétitifs comme des athlètes professionnels. Leur salaire justifie la pression énorme qu'ils ont sur les épaules. Mais les athlètes professionnels ont tous plusieurs mois de repos entre les saisons", explique M. Brun, qui voit les vacances comme un moteur de santé.
Il croit qu'au minimum, quatre semaines de vacances consécutives sont nécessaires. "Comme en Europe, où les résultats financiers ne sont pas moins bons pour aitant. Ce serait même bénéfique pour l'industrie touristique du Québec", pense-t-il.
La première semaine permet de ralentir; la deuxième et la troisième, de recharger les batteries; la quatrième, de faire le point et prévoir la prochaine année de travail (réviser les projets, revoir son plan de carrière, planifier son horaire, etc.).
DÉBRANCHER... DANS LE BOIS
"Si j'étais resté à Montréal, j'aurais téléphoné au bureau pour voir si tout allait bien", confie à son retour de vacances Daniel Germain, rédacteur en chef d'Affaires Plus.
Parti une semaine seulement, il s'est assuré d'en tirer le maximum de repos. Comment ? Avec le classique voyage de pêche annuel. "Pour faire un appel, il m'aurait fallu faire une demi-heure de bateau et un peu moins d'une heure de voiture avant d'arriver au premier village", explique-t-il. C'est dire à quel point il était déconnecté du reste du monde.
Daniel dit ne pas avoir pensé au travail durant son voyage. "J'ai appris de mes erreurs du passé, admet-il. Maintenant, je m'assure que tous mes dossiers soient en ordre avant de partir."
SANS ORDINATEUR ? IMPOSSIBLE
Pour Benoît Duchaine, président de Typhon Solutions, une jeune pousse informatique de Montréal, ne pas allumer son ordinateur pendant ses deux semaines de vacances est "complètement impossible". Il aimerait y arriver un jour. Pour l'instant, il se concentre toutefois sur la gestion des échéances afin d'être tranquille deux semaines au mois d'août.
Et même s'il place sa famille loin devant son travail et dit ne pas être un workaholic, il serait prêt à renoncer à ses vacances s'il obtenait un gros contrat. Sa situation n'est pourtant pas précaire, au contraire. Mais après seulement un an et demi d'existence, Typhon ne peut pas se permettre de refuser des gros clients.
"Je vais seulement vérifier mes messages et répondre aux urgences", assure M. Duchaine.
jean-sebastien.trudel@transcontinental.ca
Illustration(s) :
Partir dans un endroit difficilement accessible, quand c'est possible, est une bonne solution pour vraiment décrocher.
Les Affaires
Management, samedi 3 juillet 2004, p. 25
Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Sports et loisirs
Taille : Long, 878 mots
© 2004 Les Affaires. Tous droits réservés.
Doc. : news·20040703·ZL·0034
DOSSIER
IBT SUR LES VACANCES
(autres articles, check-lists pour mieux organiser vos vacances...)
Retour en haut de page Retour à la page Série d'articles Retour à la page d'accueil IBT
Page d'accueil - IBT - PEP - Produits - Astuces d'efficacité - Articles de presse - IBT dans le monde - Livres - Opportunités - Bureau de la nouvelle génération - Commentaires et suggestions - Nous contacter