Les Affaires - samedi 29
mars 2003 (Québec)
Onze conseils pour
gagner du temps
Être débordé n'est pas inévitable
si l'on refuse de se faire prendre au jeu
Froment, Dominique
"C'est sécurisant
d'être débordé. Ça dispense de réfléchir à sa vie, ça apaise les
angoisses existentielles et ça donne de l'importance. Il va falloir que
les entreprises cessent de valoriser ceux qui courent toujours comme une
queue de veau et apprécient ceux qui prennent le temps de réfléchir",
affirme François Gamonnet, président de l'Institut de gestion
du temps.
"Plus vous éteignez des feux, moins vous avez de temps pour
planifier. Et moins vous planifiez, plus vous avez de feux à éteindre",
ajoute Jean-Luc Boudreau, conseiller senior, équipe
management, au Groupe Conseil CFC.
Si vous vous reconnaissez dans ces affirmations, vous n'êtes
probablement pas un as de la gestion du temps. Pour vous aider à vous en
sortir, pour peu que vous le souhaitiez (!), nous avons demandé à des spécialistes
de vous faire profiter de leurs connaissances. Mais attention, l'exercice
n'est pas facile puisqu'il demande un changement de mentalité. "En réalité,
c'est plus une question de discipline et de rigueur que de temps",
croit en effet M. Boudreau.
1 Cessez de toujours dire oui
"Il faut mettre un prix sur son "oui", explique Ann
Searles, présidente pour le Canada et les Caraïbes de l'Institute
for Business Technology, une société spécialisée dans le design de
programmes d'efficacité personnalisés. Lorsqu'on vous demande quelque
chose, il faut répondre : je peux tout faire, à condition de m'en
donner le temps et les ressources."
Sinon, on doit toujours remettre les choses à plus tard, passer son
temps à s'excuser, on est obligé de tourner les coins ronds et de
recommencer le travail qui a été mal fait. "Dire "oui" à
plus de choses que l'on peut en faire entraîne des pertes de temps énormes",
pense Mme Searles.
"Les meilleurs gestionnaires ne sont pas ceux qui disent toujours
"oui" mais qui sont capables de négocier des délais
raisonnables pour accomplir leurs tâches", ajoute M. Boudreau.
"Les gens ne se laissent pas assez de temps pour réaliser un
projet, pense aussi Joël-Marc Golberg, président de Consultation
JGAP, un organisateur professionnel auprès des petites entreprises.
Cela leur crée un stress qui réduit leur efficacité."
"Être efficace, ce n'est pas faire beaucoup de choses mais faire
les bonnes choses, au bon moment et pour les bonnes personnes",
affirme aussi M. Gamonnet.
2 Planifiez mieux
Quand un projet est mal planifié et mal documenté, ceux qui doivent y
collaborer ne savent pas quoi faire et perdent beaucoup de temps à
chercher des solutions à un problème mal défini.
En outre, dans bien des entreprises, les priorités changent régulièrement
si bien que plus personne ne sait sur quel pied danser.
"Les gens se plaignent que les imprévus les empêchent
d'accomplir leurs tâches. Et quand on leur demande "quels imprévus"
? ils les nomment tous. Donc, ce ne sont pas des imprévus, affirme M.
Gamonnet. Quand on est débordé, on prend une attitude mentale proche du
robot. On exécute les tâches de façon séquentielle sans se questionner
sur leur importance relative."
3 Gérez vos courriels
Selon la firme Ferris Research, les courriels non sollicités,
ou pourriels, coûtent chaque année 9 milliards de dollars (US) à l'économie
américaine.
La première chose que les travailleurs font en arrivant le matin est
de consulter leurs courriels. Et 60 à 90 minutes plus tard, ils sont
encore dans leur messagerie électronique. Mme Searles conseille de
consacrer au moins les 30 premières minutes de la journée à un dossier
important avant de prendre connaissance des courriels.
"Fermez la petite cloche qui sonne chaque fois qu'un courriel
entre, renchérit M. Golberg. Cette cloche déconcentre constamment du
travail qu'on est en train de faire. La solution est de se fixer une heure
précise pour consulter ses courriels." Chaque courriel ferait perdre
sept minutes au total (lire, répondre, imprimer, classer, etc.).
4 Ne vous laissez pas déranger
En voulant abolir les barrières hiérarchiques, les dirigeants sont
devenus plus accessibles et personne ne va s'en plaindre. Mais ils se sont
créé un gros problème : ils se font constamment déranger et perdent
ainsi un temps considérable à se reconcentrer chaque fois sur le travail
qu'ils étaient en train d'accomplir.
"Les gestionnaires devraient avoir le courage de dire à leurs
collègues qu'ils sont disponibles entre telle et telle heure et qu'en
dehors de cette période, ils ne veulent pas être dérangés à moins
d'une vraie urgence", recommande M. Golberg.
Même chose pour le téléphone; vous n'êtes pas obligé de décrocher
à chaque appel. Rares sont les rappels téléphoniques qui ne peuvent
attendre deux ou trois heures. "Il faut cesser de se plaindre d'être
dérangé et prendre les moyens pour ne plus l'être", pense aussi M.
Gamonnet.
5 Ajoutez de la valeur à vos gestes
"Si tu ne tues pas le dragon, il va finir par t'avaler." Ce
que Mme Searles veut dire en utilisant cette image, c'est que chaque fois
que vous répondez à un appel téléphonique, que vous manipulez un
papier, consultez un courriel ou recevez quelqu'un dans votre bureau, vous
devez ajouter de la valeur à votre geste, autrement dit régler l'affaire
ou du moins la faire avancer.
6 Reposez-vous
Mme Searles soutient qu'il est prouvé qu'une personne qui travaille
durant 60 heures ou plus trois semaines consécutives n'est plus
productive. "La personne perd de l'acuité et la productivité ainsi
que la qualité du travail se détériorent, ce qui cause des pertes de
temps importantes."
7 Prenez le temps de manger
Plusieurs dirigeants se vantent de sauter l'heure du lunch. Une très
mauvaise habitude, estime Mme Searles : "Vous ne faites plus de réseautage,
vous vous isolez de vos collègues et vous n'êtes plus informé de ce qui
se passe dans votre bureau."
8 Déléguez
Combien de fois entend-on des patrons dire : "J'aime autant le
faire moi-même, ça va aller plus vite." Si vous croyez que personne
d'autre ne peut accomplir une tâche aussi bien que vous, vous vous
condamnez à la faire pour le reste de vos jours. Mais pour déléguer, il
faut d'abord reconnaître que vous n'êtes pas indispensable, et ce n'est
pas toujours facile. Les entrepreneurs surtout aiment bien croire que sans
eux, tout s'écroulerait !
"Les personnes qui ne délèguent pas empêchent les autres de se
développer, ce qui constitue une perte énorme pour l'entreprise, croit
Mme Searle. Ces gens-là causent des embouteillages dans les
entreprises."
9 Ayez de l'ordre
"Si vous appelez votre chien par cinq noms, il va devenir fou,
lance Mme Searles dans son langage coloré. C'est pourtant ce que font
plusieurs gestionnaires." En clair, cela signifie qu'ils donnent
plusieurs noms au même dossier : réunion du lundi matin dans
l'agenda, réunion dans le classeur, lundi matin dans
l'ordinateur, etc. Imaginez le temps perdu à chercher des dossiers qui
portent plusieurs noms.
"Selon certaines études, les gens perdent entre deux et trois
heures par semaine à chercher des dossiers, ajoute M. Golberg. C'est
presque le temps qu'il faut pour jouer une partie de golf."
10 Aérez votre agenda
L'expérience de M. Goldberg lui a permis de constater que les gens
d'affaires ont la mauvaise habitude de surcharger leur agenda. "Ça
crée une situation impossible. Ils courent après leur queue toute la
journée et finissent de toute façon par remettre au lendemain une bonne
partie de ce qu'ils avaient prévu faire."
11 Prenez le temps de réfléchir
"La première chose que l'on fait quand on est débordé est de
passer à l'action alors que l'on devrait toujours commencer par réfléchir",
conclut M. Gamonnet.
Tous nos spécialistes sont d'accord : c'est la maîtresse des
recommandations. La réflexion précède toujours le changement. Alors,
prenez le temps de réfléchir à ce que vous venez de lire et ne craignez
pas de remettre en question vos méthodes de travail. L'exercice vous
vaudra probablement un après-midi de plus par semaine avec votre famille
ou sur un terrain de golf !
dominique.froment@transcontinental.ca
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